Les classificateurs chinois expliqués aux francophones

Pletec LLC Editorial Team ·

En chinois, on ne peut pas coller un nombre directement à un nom. Entre les deux, il faut un mot outil : le classificateur. C’est l’un des tout premiers points du HSK 1, et c’est aussi celui qui surprend le plus les francophones, parce que le français n’a rien d’équivalent.

Le schéma de base

La structure est toujours la même : nombre + classificateur + nom.

  • 三个人 (sān ge rén) : trois personnes
  • 两本书 (liǎng běn shū) : deux livres

L’ordre ne change jamais. Une fois ce moule intégré, il ne reste qu’à choisir le bon classificateur.

Six classificateurs à connaître en priorité

ClassificateurPinyinCe qu’il compteExemple
le plus général, par défaut一个人 (yí ge rén)
běnlivres, cahiers两本书 (liǎng běn shū)
zhāngobjets plats : papier, table一张纸 (yì zhāng zhǐ)
zhīanimaux, un élément d’une paire一只猫 (yì zhī māo)
bēiboissons dans une tasse ou un verre一杯咖啡 (yì bēi kāfēi)
wèipersonnes, avec politesse一位老师 (yí wèi lǎoshī)

Bonne nouvelle pour commencer : en cas de doute, (gè) passe dans une grande majorité de cas. Ce n’est pas toujours la forme la plus élégante, mais on vous comprendra. Mieux vaut employer (gè) par défaut et se corriger ensuite que de bloquer au milieu d’une phrase.

(èr) ou (liǎng) : deux mots pour « deux »

C’est le piège classique, et il n’a aucun équivalent en français.

  • Pour compter, énumérer, lire un chiffre : (èr). Par exemple 二十 (èrshí) pour vingt, 第二 (dì-èr) pour « deuxième ».
  • Pour dire « deux » devant un classificateur : (liǎng). Par exemple 两个 (liǎng ge), 两本书 (liǎng běn shū).

Autrement dit, dès qu’un classificateur suit, on passe à (liǎng). Le détail des autres emplois (heures, prix, dates) est traité dans l’article sur les nombres.

Ce qui change par rapport au français

Le français ne possède pas de classificateurs généraux. Il possède seulement des expressions partitives, qui servent à découper une matière ou à préciser un contenant :

  • une feuille de papier
  • une tasse de café
  • un verre d’eau

Et là, la bonne surprise : ces expressions correspondent presque terme à terme au chinois.

  • une feuille de papier ↔ 一张纸 (yì zhāng zhǐ)
  • une tasse de café ↔ 一杯咖啡 (yì bēi kāfēi)

La logique est identique : un nombre, une unité, une matière. Servez-vous de ce pont, c’est votre point d’appui le plus solide pour comprendre à quoi sert un classificateur.

La vraie différence est ailleurs, et elle est double.

1. En chinois, le classificateur est obligatoire partout. En français, « une personne » se dit sans aucune unité intermédiaire : le nom est directement dénombrable. En chinois, il faut dire 一个人 (yí ge rén), avec entre le nombre et le nom. Ce n’est pas réservé aux noms « abstraits » ou « massifs » : livre, chat, table, billet, tout passe par un classificateur. Un francophone a donc tendance à sauter cette case, exactement comme on oublie un article dans une langue qui en exige un.

2. Le choix dépend du nom, pas du contexte. En français, on choisit « une tasse » ou « un verre » selon la situation réelle. En chinois, le classificateur est en grande partie attaché au nom lui-même : (shū) prend (běn), (zhǐ) prend (zhāng), et cela ne dépend pas de la scène décrite. C’est donc une information lexicale, à apprendre en même temps que le mot, comme on apprend le genre d’un nom allemand.

D’où une conclusion pratique : ne notez jamais un nom chinois tout seul dans vos fiches. Notez-le avec son classificateur. La méthode générale de mémorisation est détaillée dans l’article sur comment retenir le vocabulaire.

Apprendre par blocs, pas par règles

Plutôt que de mémoriser une liste de classificateurs d’un côté et une liste de noms de l’autre, retenez directement des blocs « + classificateur + nom » :

  • 一本书 (yì běn shū) : un livre
  • 一个人 (yí ge rén) : une personne
  • 一杯水 (yì bēi shuǐ) : un verre d’eau
  • 一张票 (yì zhāng piào) : un billet

Notez au passage que (yī) change de ton selon ce qui suit : yí devant , yì devant , , . Ce n’est pas une exception à mémoriser mot par mot, c’est une règle de sandhi que vous pouvez revoir dans l’article sur les tons.

Ces blocs sont immédiatement réutilisables au restaurant ou en boutique :

  • 我要一杯咖啡 (wǒ yào yì bēi kāfēi) : je voudrais un café.
  • 这里有三个人 (zhèlǐ yǒu sān ge rén) : nous sommes trois.

Ces deux phrases suffisent déjà à s’installer et à commander. Pour les enchaîner dans un vrai dialogue, voyez commander au restaurant.

À retenir

  • La structure nombre + classificateur + nom est invariable ; le classificateur n’est jamais facultatif, contrairement aux « une tasse de » du français qui, eux, sont optionnels.
  • Devant un classificateur, « deux » se dit (liǎng), pas (èr).
  • Le classificateur fait partie du nom : apprenez 一本书 (yì běn shū), pas (shū) tout seul.
  • En cas de trou de mémoire, (gè) est le dépannage universel : mieux vaut une phrase imparfaite qu’une phrase interrompue.